Japon, Voyages

Sur les traces du film « Your Name », en passant par des auberges abandonnées et des températures en dessous de zéro.

kiminonaha_largeLe mois dernier, j’étais à Shibuya lorsque Jordy Meow me proposait de manière impromptue d’aller voir le lendemain les lieux dont s’étaient inspirés les créateurs pour certains des décors du film « Your Name » (ou « Kimi no na ha » en langue japonaise). Petit avertissement qu’il m’avait donné au préalable : ça prenait tout le week-end, on allait aller jusqu’à la préfecture de Gifu, ce serait en compagnie de photographes spécialisés dans les haikyos et on dormirait dans la voiture (le confort, c’est surfait).

Je ne pouvais pas dire non, n’est-ce pas ?

Note : Haikyo signifie « ruine » et est simplement la dénomination japonaise de « Urbex » ou exploration urbaine. Pour plus d’informations, je vous renvoie au lien Wikipédia à ce sujet et pour les haikyo, je me permets de vous proposer le blog de Jordy, le spécialiste francophone dans le genre, et de nos deux compagnons de route japonais.

2ème note : le film « Kimi no na ha » ou « Your name » est sortit dans les contrées françaises le mercredi 28 décembre et je ne peux que vous le recommander. Il a explosé les records de distribution au Japon et a été encensé par les critiques. Plusieurs personnes de mon entourage l’ont déjà vu plusieurs fois. En attendant, pas de spoil dans cet article car je n’aborderai pas l’histoire ou le film en lui-même ( … mais sincèrement, allez voir ce film).

 

Samedi 17 décembre ou il fait froid, mais il a neigé donc c’est bien sympa.

Nous avions rendez-vous le samedi 17 décembre vers 13h15, à la gare de Shinjuku (la nébuleuse), devant une entreprise de location de voitures. Évidemment, Shinjuku étant un labyrinthe faisant rougir celui de Dédale, nous nous sommes retrouvés qu’à 13h40 : Jordy, W, S et moi. Comme indiqué plus haut, nos deux acolytes japonais font de la photographie et apparemment se spécialisent dans les haikyo. Partir en road trip dans les fins fonds japonais n’était pas une première pour ces nerds des ruines. Quant à moi, j’avais ma propre expérience du road trip de courte durée donc je n’étais pas une néophyte totale (j’étais allée voir des momies dans le nord du Japon il y a 5 ans, mais chacun ses passions … on reste dans le thème de la ruine je suppose).

Le lac Suwa, préfecture de Nagano

Nous avons fait de la route jusqu’à 16/17h pour atteindre avant le coucher du soleil le lac Suwa dans la préfecture de Nagano. W semblait bien paniqué à l’idée de ne pas pouvoir atteindre l’endroit à temps et nous avons jeté par la fenêtre la douce idée de faire des pauses pour se dégourdir les jambes. C’est ça d’aller voyager avec des photographes : tout pour l’esthétique, rien pour le confort.

Heureusement, nous sommes arrivés à temps sur les lieux et nous avons pu profiter du coucher du soleil en compagnie de quelques personnes sans doute venues faire un road trip avec le même objectif que le nôtre. La plupart étaient de jeunes gens emmitouflés, caméras à la main et nez rivés sur le paysage.

Ce jour-là, plusieurs gros nuages obscurcissaient la vue, mais pour autant le moment n’en était pas gâché. Le lac, de forme circulaire, est entouré de la ville de Suwa et, un peu plus loin encore, des montagnes. Si le paysage lorsque le soleil se couche est de toute beauté, la vue de nuit, avec les lumières de la ville, est pas mal du tout et se défend très bien.

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L’auberge japonaise abandonnée, toujours préfecture de Nagano

Une fois mes photographes rassasiés, nous sommes reparties sur les routes. La température entre temps avait bien baissé et nous avons rencontré la neige ainsi que plusieurs groupes de cerfs sauvages. Ceux-ci nous regardaient arriver en voiture avec de grands yeux avant de déguerpir lorsque nous ouvrons les fenêtres pour les saluer.

done1Second stop de la journée une fois la nuit bien entamée (bien qu’il n’était pas si tard, mais le soleil se couche très vite au Japon). Sur ma droite se trouvait une station de ski fermée, sur ma gauche une vieille maison se révélant être un ryokan abandonné. Sa visite n’était pas forcément prévue mais grosse envie de tenter l’expérience pour ma part et Jordy s’est dévoué pour me montrer le chemin alors que nos comparses restaient dehors à prendre des photos. Nous sommes passés par une fenêtre cassée avant de visiter un peu les intérieurs du rez-de-chaussée et du premier étage, l’ensemble éclairé à la lampe torche de l’iPhone : de la poussière partout, des débris de verre, des pans de plafonds tombant comme les branches d’un saule pleureur et un sol qui ne semblaient parfois pas très solide. À l’inverse, un paradoxe: une vaisselle toujours rangée avec soin dans les placards de la cuisine et des futons bien pliés dans certaines des chambres.

Avec un tel décor, je m’attendais à voir un ou deux fantômes nous dire bonjour, ou peut-être même un zombie…

Une fois sortie, nous avons pris des photos d’un autre bâtiment un peu plus loin et des pistes de skis totalement dénuées de toute vie, et nous sommes retournés dans la voiture pour se réchauffer. À partir de ce moment-là, il m’était difficile de rester trop longtemps dehors en raison de mes chaussures qui prenaient vite l’eau et le froid.

Matsumoto, préfecture de Nagano : de nuit, pour un ramen

Notre stop suivant s’est fait à Matsumoto, connu plus particulièrement pour son château noir que nous avons honteusement ignoré cette fois-ci.  Au final, il me semble venir dans cette ville seulement en coup de vent… La dernière fois, c’était pour le travail et si j’avais pu voir pendant quelques minutes l’extérieur du monument, je n’avais pas eu le temps de rentrer et encore moins de visiter la ville. Ma deuxième fois dans cette ville s’est limitée cette fois à un restaurant de ramen au doux nom de « Orera ramen, chomoranma ». La tronche de mon ramen valait un paragraphe à lui tout seul :

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C’était très bon.

Nous avons ensuite roulé un long moment. Mes acolytes ont voulu s’arrêter à un moment au beau milieu de nulle part afin de prendre un bâtiment en photo. Encore une fois, pas de photo pour vous le montrer, car dans la nuit noire, autant le dire que mon iPhone n’était pas très compétent, mais pour les intéressés, voici les photos postées sur l’instagram de Wa-san ici, et ici ou ici pour Lbab303-san. Minuit passé, à -2 degré et clairement pas habillée pour survivre dans le froid sibérien … gifu-esque, je suis restée cachée dans la voiture à écouter de la musique. Si certains sont prêts à mourir (de froid) pour l’art, je n’étais pas prête à subir le même sort.

Hôtel de luxe: la voiture et le combini de campagne

Finalement, nous nous sommes garés sur un parking face à un combini au bord d’une montagne, près de Hida, dans la préfecture de Gifu. Tout cela après avoir lu sur une aire d’autoroute comment réagir dans le cas où on rencontre un ours. Un formidable moyen pour être serein.

Ne sachant pas conduire, j’étais à l’arrière tout le long et lorsqu’il est arrivé le moment de dormir, je savais déjà que ça n’allait pas être une partie de plaisir. C’était sans compter S, devant moi baissant son siège au maximum au point de l’avoir sur mes genoux. Là, clairement, je voyais les moutons me faire des doigts d’honneur et d’aller voir d’autres pâturages.

En gros, j’ai dû dormir à tout casser une demi-heure avant de réveiller tout le monde à cinq heures du matin pour sortir de la voiture. Pour le détail, je ne pouvais pas ouvrir la porte de mon côté depuis l’intérieur et il fallait que quelqu’un sorte pour m’ouvrir.

Avec Jordy, nous nous sommes installés sur les tables du combini et avons patienté jusqu’à 7/8h du matin.

Dimanche 18 décembre, ou le froid est plus tolérable et c’est encore plus sympa

Hida, préfecture de Gifu – un temple, une bibliothèque et un arrêt de bus

Les créateurs de « Your name » se sont inspirés de plusieurs endroits à Hida, petite ville de la préfecture de Gifu.

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Cette vue apparaît rapidement dans le film.

D’abord, nous sommes allés voir le petit sanctuaire de Keta Wakamiya, au pied de la montagne. Plusieurs locaux nous ont salués avec un petit sourire en coin alors que nous grimpions les marches et nous arrêtions pour prendre des photos. Nous les avons retrouvés un peu plus haut alors qu’ils étaient en train de préparer une corde pour remplacer celle usée accrochée aux portes du sanctuaire.

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Il se cache une corde sur cette photo

Ensuite, nous sommes redescendus pour nous diriger cette fois-ci vers la gare JR de la ville. Durant le film, on voit le train en gare depuis une plateforme. Nous avons attendu jusqu’à l’arrivée des premiers trains (9h30 environ) pour que nos amis japonais photographes prennent la photo à l’identique de l’animé. Pendant ce temps-là, j’ai squatté les bancs de la gare, puis me suis collée au chauffage à pétrole de la salle d’attente avant l’entrée sur les quais.

Les trains passés, nous avons fait un petit tour rapide à la bibliothèque de la ville. La bibliothèque, comme l’ensemble de la ville, avait prévu le coup et accueillait les curieux sur les pas du film avec un badge et quelques consignes.On a pris la pose sur les espaces d’études pour deux-trois photos comme dans le film et avons déguerpit assez vite pour ne pas gêner les utilisateurs.

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Un petit espace de la bibliothèque : il est possible d’indiquer d’où on vient et de feuilleter les différents livres tirés du film.

Nous avons conclu notre visite des lieux d’inspiration du film par l’arrêt de bus perdu au milieu de nulle part. Encore une fois, on a pris la pose comme les trois personnages, clic clac, photos prises et nous sommes partis. Alors qu’on remontait en voiture, il y avait quelque chose de comique à voir une ou deux autres voitures s’arrêter sur le bord de route pour prendre aussi en photo l’arrêt et repartir. Une petite aventure en masse.

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le fameux arrêt de bus

La ville entière avait affiché plusieurs posters du film un peu partout, avec quelques indications et surtout un petit challenge. Pour ceux qui prenaient tous les lieux en photo, il était possible de recevoir une pochette plastique du film. Il semble évident que le film a fait un peu de bien au tourisme de la petite ville et j’espère que les habitants pourront profiter des effets.

Takayama et le chemin du retour, entre la préfecture de Gifu et de Nagano: débauche de nourriture et petite pause dans un onsen perdu au milieu des montagnes

Nous avons fait un stop à Takayama pour faire quelques petits achats, petite ville d’un peu plus de 93 000 habitants, plutôt connue pour ses quelques monuments touristiques. J’aurais aimé pouvoir y rester plus longtemps pour visiter, mais nos comparses n’aimant que peu les écarts aux programmes rigides, nous avons dû repartir bien trop vite. Pourtant, on a bien essayé de se perdre avec Jordy dans les rues commerçantes.

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Une partie de la jolie devanture d’un magasin à Takayama

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Un ciel d’hiver magnifique

Après Takayama, nous nous sommes arrêtés à un onsen perdu dans les montagnes de la préfecture de Gifu … Celui-ci était un peu ancien à la vue de l’état du bâtiment, mais l’entrée était peu chère (500 yens) et les bains spacieux et agréables. Après tant d’heures de route, les bains extérieurs légèrement décorés par un peu de neige semblaient encore plus agréables qu’à l’accoutumé.

Par la suite un dernier stop dans une aire d’autoroute pour manger un morceau et nous avons filé tout droit pour Tokyo. Il était bien tard quand on est arrivé et la nuit était tombée de nouveau.

Tokyo, Conclusion

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Au final, on a bien roulé depuis Tokyo et en si peu de temps.

J’ai beau croire et me persuader que je suis une voyageuse, je ne voyage pas assez pour pouvoir dire haut et fort que c’est vraiment le cas. J’ai des lacunes en matière de voyage à faire pâlir les plus solides d’entre vous. Ce n’est pas l’envie qui manque, mais trouver le bon moment, ne pas laisser le temps s’écouler, faire de la place dans son calendrier, tout cela demande une sacrée organisation ou jugeote que je ne possède pas forcément. Ce n’était que l’espace d’un week-end, moins de quarante-huit heures même, et déjà ça faisait du bien de s’éloigner de Tokyo – bien que je l’aime d’amour – pour voir la neige et les montagnes (la préfecture de Nagano, mon amante, ahah). Même, ça m’a donné envie de préparer un autre séjour, ailleurs, seule ou pas du moment que c’est ailleurs.

Passer deux jours avec trois photographes, observer et discuter à ce sujet donne sacrément envie de se mettre aussi à la photo. Ce n’est en réalité pas une envie qui date d’hier et on pourrait même dire que j’y songe de manière régulière depuis plusieurs années. Le dessin et la photographie sont deux hobbys avec pas mal de similarités et qui peuvent s’abreuver l’un ou l’autre très facilement. Le meilleur exemple justement étant le film « Your name ». Cette escapade n’a finalement fait que relancer mon intérêt. Avec déjà le dessin pour lequel j’ai du mal récemment à trouver du temps, je ne sais cependant pas si c’est une bonne idée de vouloir me mettre à la photo pour faire comme tout le monde.

Cette petite excursion m’a donnée envie de voir le film une nouvelle fois et l’univers de ce dernier m’a donné envie de dessiner, de créer de nouveau, mais aussi de voyager. Le prochain objectif sympa serait de se prendre une journée ou deux pour, cette fois-ci, aller voir les lieux de Tokyo qui ont servi de modèles.

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