Japon, Réflexions

Décembre, ça commence un peu comme déprime ou survivre aux fêtes de fin d’année lorsqu’on est au Japon.

Pour être honnête, je n’ai jamais été grande fan des fêtes de Noël et de fin d’année : les chants de Noël et les rediffusions à la télé me sont insupportables, le côté faussement guilleret de tous et les slogans creux « aimons-nous les uns les autres » me laissent froide, je n’aime pas le vert comme couleur à porter et je trouve le père Noël un peu angoissant.

Mais j’aime bien le réveillon lorsque je retrouve ma famille et qu’on mange chinois jusqu’à exploser et à être malade pendant des semaines. J’aime aussi beaucoup l’échange des cadeaux, autant pour recevoir que de voir si j’ai fait mouche avec ce que j’ai pu trouver à offrir cette année. Même si l’« esprit de Noël » me donne envie de me jeter par la fenêtre, l’idée de passer du temps avec mes parents et ma sœur est quelque chose que je peux attendre du dernier mois de l’année.

Sauf ,

… quand on décide de partir de l’autre côté de la planète parce que pourquoi pas ? C’est quelque chose d’assez commun aux expatriés et immigrés occidentaux divers qui partent loin … Noël est une fête un peu à part et décembre le mois qui vous rappelle que vous avez choisis volontairement ou non de vous séparer de vos fratries. Certains ont la possibilité de partir rejoindre leur famille le temps de quelques jours, puis il y a le reste qui va affronter les derniers jours de l’année comme ils peuvent.

A Tokyo, dès le 1 novembre, les décorations de Noël apparaissent partout, on troque les remix de Disney par les remix de chants de Noël (Je n’aurais jamais cru entendre autant de versions différentes du morceau le plus connu de Mariah Carey). Différents lieux de la ville deviennent des spots à illumination où tous se déplacent pour observer et admirer les installations de lumière. Les Japonais tentent de trouver une âme sœur en mode express pour ne pas finir l’année célibataire et dans l’ensemble le pays semble se colorer d’un manteau festif. [Là, si j’avais été une vraie blogueuse de qualité, j’aurais pu vous montrer des photos des illuminations, mais il s’avère que je n’ai encore rien visité et vu. Soyez un peu imaginatif pour combler mes lacunes, merci beaucoup.]

La différence avec un pays comme la France est assez simple: la fête de Noël n’a pas la même envergure ou la même signification. Alors, certes, à Tokyo, les illuminations sont souvent grandioses, les magasins sont colorés de la tête au pied du rouge au vert et pour être dans l’ambiance tu peux vendre la moitié d’un poumon pour la boisson illimité du moment au Starbuck, mais…au final, tout ça se rapproche plus de l’apparence et du prétexte. Si en Europe, et pour une grande partie de sa population, c’est une fête pour se retrouver en famille, au Japon, la fête est d’abord commerciale, une excuse pour les couples de se retrouver, une espèce de Saint Valentin de la dernière minute où on mangera du KFC après avoir fait la queue plusieurs heures dans le froid.

Alors, quand vous êtes un petit immigré, que vous n’avez pas de tendre moitié et que votre famille n’est pas là, Noël est la plus insidieuse des tortures et le mois de décembre un moustique bien trop gros, perdu dans votre chambre alors que vous tentez de dormir (en attendant l’année prochaine). Ce moment serait moins difficile si on n’avait pas l’impression que le Noël japonais, aussi beau et lumineux soit-il, ne ressemblait pas à une contrefaçon un peu trop esthétique.

L’an dernier je n’étais à Tokyo que depuis deux mois et je n’avais pas encore totalement reconstruit mon cercle d’ami. J’avais passé mon Noël puis le nouvel an, seule, chez moi. Je n’avais fait aucune décoration, mais à la dernière minute j’avais essayé de prendre soin de moi et j’étais restée sous la couette à regarder des séries avec du … KFC (on se tait, à Rome comme les romains ou quelque chose du genre). Finalement, plus que les jours J, c’était l’attente et toute la période avant où on voit les autres rentrer au compte-goutte au pays (et les amis japonais dans leurs campagnes respectives), commencer les préparatifs culinaires, faire les courses de dernières minutes et s’activer pendant qu’on fait comme si de rien n’était. Finalement, le jour J, seule, j’étais la meilleure des compagnies que je pouvais avoir.

Cette année, je passerai au moins Noël avec des amis dans la même galère et c’est déjà ça.

capture

C’est la photo la plus Noël-esque que j’ai en ma possession pour 2016. – Un petit floriste à Shin-Okubo (Tokyo)

Publicités
Par défaut